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Après le gaz, la Mauritanie mise sur le pétrole pour diversifier ses recettes extractives
LA TRIBUNE AFRIQUE -
La Mauritanie exporte du gaz naturel liquéfié depuis avril 2025, près de huit ans après l’arrêt de son premier champ pétrolier. Alors que le fer et l’or fournissent encore l’essentiel des recettes extractives du pays, le retour d’un opérateur sur une découverte de brut remet son exploitation à l’étude.
En signant ce 3 novembre deux contrats d’exploration-production avec l’américain Murphy Oil, la Mauritanie relance les recherches sur les blocs maritimes C10 et Tiof. Ce dernier abrite une découverte de pétrole dont la mise en valeur reste à étudier.
Le gouvernement mauritanien cherche à savoir si le brut peut, à son tour, élargir les sources de devises et de recettes publiques du pays, alors que les premières ventes de gaz commencent à modifier la composition des exportations.
Le minerai de fer de la Société nationale industrielle et minière (SNIM) et l’or de Tasiast dominent les exportations minières de la Mauritanie.
En 2024, les mines ont fourni 91% des recettes extractives, selon les données relayées par l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE). Le gaz s’est ajouté à ces ressources en 2025, avec le démarrage des exportations de Grand Tortue Ahmeyim (GTA), un projet partagé avec le Sénégal.
Ce que la Mauritanie attend d’un retour du pétrole
Appelé aussi Walata, Tiof offre à Nouakchott une piste pour renouer avec la production de brut, interrompue depuis la fermeture du champ de Chinguetti en 2017. Les deux contrats conclus avec Murphy Oil donnent à la compagnie américaine un cadre pour explorer les blocs et, si les résultats le justifient, développer les ressources découvertes.
À Tiof, il s’agit d’évaluer un gisement déjà identifié. Avec C10, que Shell avait obtenu en 2018, le gouvernement remet aussi en exploration un autre bloc du bassin côtier. Il entend ainsi attirer des investissements dans les travaux en mer et, si ceux-ci débouchent sur une exploitation, tirer de nouvelles recettes des ventes d’hydrocarbures.
GTA donne un premier ordre de grandeur de ce qu’une nouvelle filière peut apporter. Selon la Banque centrale de Mauritanie, les exportations de gaz ont rapporté 237 millions de dollars (211 millions d'euros) sen 2025, soit environ 5,5% des ventes de biens à l’étranger. La contribution au budget est d’une autre ampleur.
Pour la même année, le FMI chiffre à 1,7 milliard d’ouguiyas (37,5 millions d’euros) les recettes publiques du pétrole et du gaz, contre 14,8 milliards pour les mines. L’expérience gazière montre comment de nouvelles exportations peuvent diversifier les entrées de devises avant de peser davantage dans les finances publiques.
Les prochaines étapes pour le pétrole et le gaz
Pour le pétrole, le premier indicateur sera le programme de travaux de Murphy Oil. Le communiqué du ministère ne précise ni les engagements de forage ni leur calendrier. À Tiof, une décision d’investissement dépendra des volumes que l’opérateur estime pouvoir extraire, du coût des installations en mer et du prix auquel le brut pourrait être vendu. C’est à ce stade que l’État pourra mieux apprécier les recettes qu’il pourrait en tirer.
La relance de l’exploration en mer pourrait en outre s’étendre à un troisième bloc. En juillet, le ministère avait soumis au Conseil des ministres une demande d’autorisation portant sur trois blocs et deux compagnies, Murphy Oil et Chariot Energy Group. Seuls les deux contrats avec Murphy ont été annoncés cette semaine.
Pour le gaz, l’Etat espère davantage que des recettes d’exportations et une contribution au budget. Nouakchott entend aussi utiliser une partie du gaz de Grand Tortue Ahmeyim pour produire de l’électricité.
Selon le ministre de l’Énergie et du Pétrole, la future centrale de N’Diago, d’une capacité de 230 MW, devrait permettre à la compagnie nationale d’électricité, la SOMELEC, de consommer moins de fioul et de réduire ses charges.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin